La “jeune fille ?  la fleur” de Marc Riboud : l’histoire d’une photo iconique

Marc Riboud, monstre de la photographie, s’est ?©teint ?  93 ans. Retour sur l’histoire de son clich?© le plus c?©l??bre.

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Le monde entier conna?®t cette sc??ne. En 1967, lors d’une manifestation ?  Washington contre l’intervention am?©ricaine au Vietnam, une jeune manifestante s’approche de soldats ?©quip?©s de fusils ?  ba??onnette. Son arme ?  elle est une fleur ??“ une arme inoffensive, qui va pourtant se voir charger d’une puissance plan?©taire gr??ce au clich?© pris par Marc Riboud. Cette immense figure de la photographie s’est ?©teinte le 30 ao?»t 2016, ?  l’??ge de 93 ans, apr??s toute une vie de voyages et d’images. Retour, en forme d’hommage, sur l’histoire de ce clich?© culte du “Flower Power”.

La fleur au(x) fusil(s)

Parmi eux, une adolescente, Jan Rose Kasmir. Du haut de ses 17 ans, elle s’est jointe ?  https://datingmentor.org/fr/joingy-review/ la foule bruyante des contestataires et d?©file avec sa robe ?  fleurs.

“Je ne me rappelle pas comment j’ai entendu parler de la manifestation au Pentagone, mais je savais que c’?©tait une chose ?  laquelle je devais participer. Je me devais de d?©noncer cette horrible guerre “, confiera-t-elle bien plus tard.

Arriv?©s pr??s de leur destination, les manifestants butent contre une ligne de soldats de la Garde nationale. Jan Rose Kasmir, qui a emprunt?© un chrysanth??me ?  quelqu’un, s’approche des soldats. ?? quelques centim??tres des lames des ba??onnettes, elle brandit la fleur en signe de d?©fi ??“ un geste r?©pandu chez les adeptes du “Flower Power”, qui pr??nent la non-violence.

“Aucun d’entre eux n’a crois?© mon regard. J’?©tais comme face ?  un mur. Mais le photographe m’a dit plus tard qu’ils tremblaient. Je pense qu’ils ?©taient effray?©s ?  l’id?©e de recevoir l’ordre de nous tirer dessus. (. ) Si vous regardez mon visage, je suis extr??mement triste : je venais de me rendre compte combien ces gar?§ons ?©taient jeunes. “

Cette silencieuse confrontation n’est pas vou?©e ?  tomber dans l’oubli. ?? quelques m??tres de l’adolescente, Marc Riboud a immortalis?© la sc??ne. Comme en t?©moigne la planche contact num?©ris?©e par l’agence Magnum, le photographe fran?§ais faisait des plans larges de la foule lorsqu’il a vu se d?©tacher la silhouette Jan Rose Kasmir. Clic, clac, clic, clac. Riboud, depuis sa position lat?©rale, multiplie les d?©clenchements et finit sa pellicule. Outre les photos noir et blanc, il prend ?©galement des images en couleur, qu’on ne d?©couvrira pas avant des d?©cennies. Voici son r?©cit de cet instant fait il y a quelques ann?©es ?  TV5 Monde :

“Marc Riboud conciliait la forme et le fond”

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L’instinct de Riboud a fait mouche. L’image va devenir un parfait symbole du mouvement pacifiste des “sixties”, et m??me un v?©ritable cas d’?©cole pour l’analyse photographique, tant les oppositions visuelles sont nombreuses : ba??onnette phallique contre fleur virginale, multitude contre solitude, sombre contre clair ou encore mort contre vie, comme le compile le site Le Sens des images.

“Cette photo dit beaucoup de la capacit?© de Marc ?  r?©sumer de mani??re tr??s forte une situation”, dit ?  “l’Obs” le photographe Patrick Zachmann, confr??re et ami de Marc Riboud au sein de l’agence Magnum. “Sa force, c’?©tait de concilier la forme et le fond. Pour lui, le sens avait de l’importance. Il ne faisait pas de l’esth?©tique pour l’esth?©tique.”

De longues ann?©es s’?©coulent avant que Jan Rose Kasmir prenne connaissance de la photo prise par Marc Riboud. C’est son p??re qui, ?? surprise, d?©couvre l’image de sa fille dans un magazine de photo achet?© en ?‰cosse, au beau milieu des ann?©es 1980. La “Jeune fille ?  la fleur” fera par la suite l’objet de sollicitations m?©diatiques, relate-t-elle au “Guardian”, disant pleurer au moment de d?©couvrir pour la premi??re fois le clich?© dans une exposition (“Cela m’a ramen?©e ?  la tristesse que je ressentais ?  cet instant”).

L’ic??ne n’a jamais cess?© de s’engager contre la guerre. En 2004, elle retrouve Marc Riboud lors d’une manifestation ?  Londres contre l’invasion am?©ricaine de l’Irak. Des retrouvailles immortalis?©es par le photographe, qui saisit alors le visage de la quinquag?©naire brandissant son propre portrait dat?© de 1967.

En bonne photo iconique, l’image de Jan Rose Kasmir est r?©guli??rement ?©voqu?©e lorsque surgissent des clich?©s dans la m??me veine. R?©cemment, l’image de la militante antiraciste Tess Asplund face ?  des n?©onazis, et surtout celle d’une manifestante afro-am?©ricaine se dressant face ?  la police ?  Baton Rouge ont donn?© lieu ?  des comparaisons avec la photographie sign?©e Marc Riboud. Signe de la place importante que tiennent, aujourd’hui encore, la jeune fille et sa fleur dans la m?©moire collective.

Les images de l’ancien r?©sistant, pr?©vient Patrick Zachmann, ne peuvent toutefois ??tre r?©duites ?  ce clich?© mythique. ?? l’aspect journalistique, celui-ci pr?©f??re le pan po?©tique de l’?“uvre de Riboud, photographe du quotidien dans les terres lointaines, dont la Chine mao??ste fut le terrain de pr?©dilection.

P?©kin en 1965 (Marc Riboud)

Il cite ce clich?© effectu?© lors d’un meeting de photographes au Japon, “magnifiquement compos?©, qui dit beaucoup sur le rapport des photographes ?  la photographie”. Ou encore la photo de rue qu’il a prise depuis la boutique d’un antiquaire (ci-dessus), avec son “jeu subtil de personnages, ses cadres dans le cadre, qui exprime tant de choses sur le P?©kin de cette ?©poque”. Au d?©tour de la conversation, Zachmann l??che le mot : Marc Riboud ?©tait un “monument”.

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